Fordisme

Qu’est ce que le Fordisme ? Définition et explications

Et Ford inventa le Fordisme

Le Fordisme, modèle d’organisation que l’on doit à Henry Ford, est basé sur une production standardisée de masse. La réussite du modèle Ford est lié aux deux ingrédients symboliques, la Ford T et l’usine de River Rouge qui l’a produite. C’est dans cette usine que les matières premières se présentaient sur la ligne d’assemblage pour ressortir en voitures achevées à l’autre extrémité.

Fordisme, organisation du Fordisme

Explication schématique du Fordisme

Les principes du Fordisme

Ce modèle de production est mis en oeuvre au moyen de plusieurs principes :
- diviser le travail en séparant la conception de la réalisation, séquencer les tâches, et utiliser une ligne de montage. Tout ceci se résume donc au travail à la chaîne.
 
- standardiser les pièces, les produits, ce qui a l’avantage de produire en grandes séries. C’est donc la production de masse.
 
- augmenter le salaire des ouvriers (cinq dollars par jour, contre deux ou trois pour des journées plus longues auparavant). Cela permet de stimuler la demande et donc d’augmenter la consommation. Cette augmentation a pour but d’éviter les démissions des ouvriers qui ont accrues avec l’apparition du travail à la chaîne, réputée très dure.

Fordisme,  une ligne d'assemblage dans une usine

Ligne d’assemblage créée suite au succès du Fordisme à l’époque

Les usines Ford demandaient une main-d’œuvre disciplinée et qualifiée, désireuse et capable d’effectuer des tâches répétitives sur la ligne d’assemblage. Les principes de l’Organisation Scientifique du Travail (OST) de Frederick W. Taylor, plus connues sous le nom de Taylorisme, avaient déjà décrit la façon dont la productivité du travail pouvait être radicalement augmentée en décomposant chaque mouvements du processus d’assemblage et de les organiser selon des normes rigoureuses de temps et de cadence.
 
Ce qui était nouveau dans la pensée de Ford était sa vision des choses. Il était persuadé qu’il fallait une production de masse destinée à une consommation de masse. Ainsi, le salaire de cinq dollars pour une journée de huit heures permit à la fois d’assurer un compromis avec la discipline requise pour travailler sur la ligne d’assemblage, mais aussi de fournir aux travailleurs un revenu et un temps libre suffisant pour qu’ils consomment les produits qu’ils ont eux même fabriqué.

Conséquences et limites du Fordisme

Ce nouveau mode de production n’est cependant pas sans conséquences :
 
Il se traduit part une hausse combinée de la production, de la productivité, et de la consommation. Par conséquent une baisse du coût de production est entraînée.
Ceci assure au dirigeant un meilleur contrôle du travail ouvrier. Enfin, la standardisation de la production mise en place favorise la consommation de masse.
 

« Le fordisme d’après-guerre ne doit plus être considéré comme un simple système de production de masse mais comme un véritable mode de vie. »

 
Mais le fordisme présente des limites comme la perte de qualification du travail ouvrier devenant répétitif et monotone, ou encore le manque de réponses aux besoins de diversification de la production et face à la concurrence des pays asiatiques à la fin des années soixante.

La fin du fordisme, le début du néo-fordisme…

Selon David Harvey, géographe, le fordisme a commencé à se dégrader dans les années 1970 lorsqu’il a commencé à surproduire, entraînant la mise à pied massives de travailleurs et une réduction conséquente de la demande de produits. La crise résultant de l’inflation secoua le système fordiste à un tel point que le système post-fordiste, dit de « surproduction flexible », a émergé.
 
« Ce régime, toujours selon Harvey, repose sur la flexibilité concernant les processus de travail, les marchés du travail, les produits, et les modes de consommation. Il est caractérisé par l’émergence de nouveaux secteurs de production, de nouveaux services financiers, de nouveaux marchés, et au dessus de tout, des taux d’innovation commerciale, technologique et organisationnelle considérablement intensifiés. »
 
Les travailleurs, au lieu d’acquérir une compétence à vie, peuvent maintenant espérer au moins un, sinon plusieurs, épisode(s) de déqualification et requalification dans leur vie.

Fordisme, et les Temps Modernes

« Les temps modernes » de, et avec, Charlie Chaplin, critique le Taylorisme, qui a influencé le Fordisme

Les détracteurs du Fordisme

Enfin, nous pouvons constater que le fordisme a, comme tout mouvement, ses détracteurs. En effet, de nombreuses critiques du fordisme ont fleuries au cours du temps :
 
- l’auteur communiste italien Antonio Gramsci, a critiqué cette organisation du travail. Il dénonce les méfaits de la division du travail et du machinisme, et l’accroissement de l’exploitation du travail :
 
« Ce ne sont plus les machines qui sont au service de l’Homme, mais l’Homme qui sert les machines », dit-il.
 

- les partisans de la Théorie de la Régulation, critiquent les arguments mis en avant par Henry Ford concernant la rémunération des ouvriers, qui, selon eux n’aurait pas augmenté ses salariés par humanisme mais pour combattre et réduire un turn-over de main-d’oeuvre trop important. Pour lutter contre la fuite des ouvriers, qui fragilise les nouvelles formes d’organisation, Ford est contraint et forcé d’accroître les salaires.
 
- dans La société du spectacle, Guy Debord écrit en 1967 que les conséquences du fordisme ne sont pas seulement à analyser sur le plan de la production. C’est la Société toute entière qui s’en trouve modifiée : « Avec la révolution industrielle, la division manufacturière du travail et la production massive pour le marché mondial, la marchandise apparaît effectivement comme une puissance qui vient réellement occuper la vie sociale. »
 
- Daniel Cohen, économiste, met en évidence un autre point de fragilité de la construction fordiste dont son fonctionnement dépend de facteurs qui lui sont extérieurs :
 
« Si les travailleurs absorbent les gains de productivité générés dans l’usine, l’incitation à embaucher de nouveaux travailleurs s’y réduit considérablement. Si l’entreprise anticipe que les travailleurs préempteront toujours les gains qu’ils génèrent, elle voudra toujours maintenir le plus bas possible le nombre de travailleurs embauchés. La condition de fonctionnement du fordisme lui est donc « extérieure » : elle dépend de la possibilité de créer des emplois dans les domaines qui lui échappent. Dans les années cinquante et soixante, on a vu que ce sont les services qui ont pu jouer ce rôle. » Néanmoins, « aussitôt que le processus ( de création d’emplois ) s’estompe, (…) la phase haussière des salaires doit également s’interrompre, voire transitoirement s’inverser. (…) Dans ce nouveau monde, l’indexation des salaires sur les gains de productivité – si elle continue pourtant- apparaît sous un nouveau jour. (…) [ Elle n'est plus] une manière d’assurer des débouchés mais [devient] un des effets de la négociation salariale menée par les « insiders ». Elle devient alors contradictoire avec le plein-emploi. »
 
Il ajoute aussi, en révélant une contradiction interne, que « pour acheter l’assentiment des ouvriers, il ne suffit pas de doubler leur salaire par rapport à ce qu’ils gagnaient auparavant ; il faut le faire par rapport à ce qu’ils gagneraient ailleurs. Peu importe en effet de gagner deux fois plus qu’hier. Ce qui compte pour échapper à l’ennui, à l’abêtissement, est de penser qu’on est mieux payé ici que là-bas. Or l’extension du fordisme à l’ensemble de l’économie rend impossible cette fuite en avant. »
 
Étendue à toute l’économie, la hausse des salaires génère de l’inflation et ne permet plus de fidéliser les ouvriers.

 
Le Fordisme a fêté ses 100 ans le 7 octobre 2013.
 
Consultez les pages d’informations sur le Taylorisme, et le Toyotisme.