Le Dearborn Independent

 The Dearborn Independent

The Dearborn Independent, également connu sous le nom de The Ford International Weekly était un hebdomadaire créé en 1901, mais publié par Henry Ford à partir de 1919 jusqu’à 1927. Le journal a atteint un tirage de 900 000 exemplaires en 1925 (seul le New York Daily News a été plus important à cet égard), très largement dû à la promotion par les concessionnaires Ford. Des suites judiciaires concernant le contenu antisémite de l’hebdomadaire ont poussé Ford à stopper la production. Le dernier numéro a été publié en décembre 1927.

The Dearborn Independent

L’acquisition par Henry Ford

En 1918, le plus proche collaborateur et le secrétaire privé de Ford, Ernest G. Liebold, achète l’Independent de Marcus Woodruff, qui avait été géré à perte. Le personnel initial du journal incluait E.G Pipp, auparavant rédacteur en chef du Detroit News, les écrivains William J. Cameron (également auparavant au Detroit News) et Marcus Woodruff, et enfin Fred Black en tant que business manager.

Le papier était imprimé sur une presse d’occasion achetée par Henry Ford et installée dans l’usine Ford de River Rouge. La publication sous Henry Ford a été inauguré en janvier 1919. Le papier rencontra une plus grande notoriété en juin 1919, avec en une le procès en diffamation entre Henry Ford et le Chicago Tribune, alors que les articles écrits par Pipp et Cameron ont été repris au niveau national.

Quel but pour Henry Ford ?

Henry Ford était un pacifiste qui s’opposait à la Première Guerre mondiale, et il avançait que les Juifs étaient responsables du déclenchement des guerres dans le but d’en tirer profit : “les financiers internationaux sont derrière toutes les guerres. Ils sont ce qu’on appelle le Juif international : Juifs allemands, juifs français, juifs anglais, juifs américains. Je crois que dans tous ces pays sauf le notre, le financier juif est souverain … alors qu’ici (en amérique, ndlr) le juif est une menace.

Ford pensait aussi que les juifs, dans leur rôle de bailleurs de fonds, ne contribuaient en rien à la valorisation de la société. Il croyait aussi que les entreprises juives se concentraient uniquement sur le prix, et dépréciaient leurs produits. Ford avait une fois croqué dans une barre chocolatée, et elle n’était pas aussi bonne qu’elle avait été autrefois, alors il a dit : “Les Juifs se sont emparés de la marque. Ils ont déprécié la qualité du produit pour faire plus d’argent.” En 1915, pendant la Première Guerre Mondiale, Ford a blâmé les juifs pour avoir incité à la guerre, en disant : “Je sais qui a provoqué la guerre : les banquiers germano-juifs.”

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Plus tard, en 1925, il déclara : “Ce qui me fait le plus grogner, c’est la puissance monétaire du juif international qui s’est retrouvée dans toutes les guerres. C’est ce qui m’énerve le plus, une puissance qui n’a pas de patrie et qui peut mener les jeunes hommes de tous les pays à la mort.
Henry Ford a assuré que tous ceux qui ont travaillé pour l’une de ses entreprises, ont accepté son point de vue, et il a fait en sorte de n’embaucher aucun Juif dans les emplois de bureau, mais en a embauché pour les travaux physiques.

Articles antisémites

Ford n’a pas écrit d’article, mais plutôt exprimé ses opinions par l’intermédiaire de son secrétaire exécutif, Ernest Liebold, et de William J. Cameron. Cameron replaça Pipp comme éditeur en avril 1920, lorsque celui-ci fût dégoûté par les articles antisémites prévus pour début mai 1920. Cameron avait la principale responsabilité de rapporter ces opinions sous la forme d’articles, bien qu’il ne soit pas en accord avec eux. Liebold devait, lui, ajouter du contenu pour mettre en valeur les articles.

Un des articles, “Jewish Power and America’s Money Famine“, affirma que le pouvoir exercé par les juifs sur la provision d’argent de la nation aida à priver les fermiers et autres travailleurs de l’accès aux banques quand ils en avaient le plus besoin.
L’article s’interroge “Où est la provision d’or américaine ? … Elle est peut-être aux Etats-Unis mais elle n’appartient pas aux Etats-Unis.” Et il tirait donc la conclusion que les juifs contrôlaient la réserve d’or et, par conséquent, l’argent américain.

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Un autre article, “Jewish Idea Molded Federal Reserve System“, est le reflet de la méfiance qu’a Henry Ford à propos du système de la réserve fédérale et de son partisan Paul Warburg. Ford estime que le système de la réserve fédérale était secret et insidieux.

Ces articles ont donné lieu à des allégations d’antisémitisme envers Henry Ford, et en 1929, il signa une déclaration s’excusant pour les articles ayant été publiés tout au long de la durée de vie du Dearborn Independent.

Critiques concernant le Dearborn Independent

Il y avait beaucoup de presse négative sur le Dearborn Independent de la part des communautés juives, mais elle était aussi présente chez la presse non-juive.

Réactions juives :

Le premier article antisémite important à été publié le 19 juin 1920. Il y eu des répétitions le 28 août, puis en février, mars et novembre de 1921. Louis D. Brandeis, membre de la Cour Suprême Américaine, a été cité dans le texte Antisémitisme -Est ce que cela arrivera aux Etats-Unis ? que les Juifs doivent se rassembler et défendre tous les droits qu’ils ont. Et il y a de nombreux témoignages de différentes organisations juives qui se sont réunies pour lutter contre le Dearborn Independent.

Un homme, Louis Marshall remarqua que le livre La Cause du Malaise Mondial fut annoncé sur l’une des publications sur la dernière page de l’Independent. Il écrit alors une lettre personnelle au Commandant George Haven Putnam le condamnant pour son intolérance. Marshall affirma que Putnam utilisait les Juifs comme son bouc émissaire. Finalement, Putnam s’excusa pour son annonce et son livre dans un article.

Réactions non-juives :

Le Conseil Fédéral des Eglises du Christ en Amérique a publié une résolution condamnant la propagande et les convictions de Henry Ford. En Janvier 1921, une déclaration intitulée “Le Péril du Préjugé Racial“, dénonça l’antisémitisme comme anti-américain.  Il a été signé par plus d’une centaine de citoyens “païens de naissance et de foi Chrétienne.” Cette liste comprenait le président Woodrow Wilson, l’ancien président William Howard Taft, William Jennings Bryan, Clarence Darrow, Nicholas Murray Butler, Robert Frost, Samuel Seabury, Ida Tarbell, Paul Cravath et les présidents des universités de Williams, Oberlin, et de Dartmouth, ainsi que celles de Princeton, Cornell, et Syracuse. Toutefois, cela n’a pas arrêté le Dearborn Independent d’écrire des papiers négatifs sur les Juifs.

Les Protocoles des Sages de Sion

Les Protocoles des Sages de Sions

Vers 1921, Henry Ford pris connaissance du mythe sur les Protocoles des Sages de Sion et crut qu’il s’agissait d’un document légitime, et il fit publier des extraits de celui-ci dans son journal, le Dearborn Independent. En outre, en 1920-1921 le Dearborn Independent réalisa une série d’articles développant les thèmes du contrôle financier par les Juifs, intitulés : (pour les anglophiles, les liens attribués à chaque articles vous renvoient sur l’original en anglais)

  1. Conception juive dans les affaires monétaires américaines
  2. La Conception juive a façonné la Réserve Fédérale
  3. Conception juive de la banque centrale américaine
  4. Comment fonctionne le financement international juif
  5. Le pouvoir juif et la famine monétaire américaine
  6. Le plan économique du juif international

Le livre Protocoles des Sages de Sion fut discrédité par le Times de Londres comme étant un faux. L’ American Jewish Historical Society dénonça les idées portées dans le magazine comme “anti-immigrés, anti-ouvrier, anti-alcool et antisémite.
En février 1921, le New York World publia une interview de Ford, dans lequel il dit : “La seule déclaration que je tiens à faire à ce sujet est qu’ils s’accordent (les Protocoles, ndlr) avec ce qu’il se passe.” Durant cette période, Henry Ford devient comme “un porte-parole respecté pour l’extrémisme de droite et les préjugés religieux”, pour atteindre plus de 700 000 lecteurs à travers son journal.

 Republication en Allemagne

Au cours de la République de Weimar dans les années 1920, les Protocoles ont été reproduits et publiés en Allemagne, en même temps que des articles anti-juifs du Dearborn Independent. Ils ont été réimprimés en allemand pour constituer un ensemble de quatre volumes reliés, cumulativement intitulé Le Juif International, le principal problème mondial.

Steven Watts, un historien, a écrit que Hitler “vénérait” Ford, proclamant qu’il “ferait de son mieux pour mettre ses théories (de Ford) en pratique en Allemagne“, et dessiner la Volkswagen, la voiture du peuple, sur le modèle de la Ford T.

Plusieurs thèmes des articles de l’Independent apparaissent dans Mein Kampf. Hitler a même cité le journal dans Mein Kampf et Henry Ford était le seul Américain que Hitler ait spécifiquement nommé : “Chaque année, ils [les Juifs] parviennent de plus en plus à devenir les maîtres de la force ouvrière d’un peuple de 120 000 000 d’âmes. Un grand homme, Ford, tient toujours le coup indépendamment même encore maintenant.”

Le 1er février 1924, Ford reçu Kurt Ludecke, un mandataire de Hitler, à son domicile. Ludecke fut présenté à Ford par Siegfried Wagner (le fils du célèbre compositeur Richard Wagner) et son épouse Winifred, deux sympathisants nazis et antisémites. Ludecke demanda à Ford une contribution à la cause nazie, mais il refusa évidemment.

Henry Ford recevant la Croix de L'aigle

En juillet 1938, juste avant le déclenchement de la guerre, le consul allemand de Cleveland offrit à Henry Ford, pour son 75ème anniversaire, le prix de la Grande-Croix de l’Aigle allemand, la plus haute médaille que l’Allemagne nazie ne puisse donner à un étranger. Pour information, James D. Mooney, vice-président des opérations à l’étranger pour General Motors, reçu une médaille semblable, la Croix du Mérite de l’Aigle allemand, Première Classe.

L’action en justice de la Ligue anti-diffamation

Alors que les articles de Ford ont été dénoncées par la Ligne Anti-Diffamation (LAD), les articles condamnent explicitement la violence contre les gays (Volume 4, chapitre 80), mais blâment les juifs pour les incidents provoquant des violences de masse. Aucun de ces travaux ont été écrit par Ford, mais il a autorisé à ce que son nom soit utilisé en tant qu’auteur. Selon le témoignage de son procès, il n’a presque rien écrit. Ses amis et partenaires avaient averti Ford à propos du contenu de l’Independent et ont affirmé qu’il n’avait probablement jamais lu aucun article. Henry a, lui, affirmé qu’il ne lisait que les titres.

Cependant, lors de ce procès, un court témoignage a allégué que Ford connaissait, bien  avant sa publication, le contenu de son hebdomadaire. Peu avant de quitter la présidence des Etats-Unis, Woodrow Wilson a rejoint plusieurs autres personnalités américaines, juives et non-juives, en publiant une déclaration condamnant l’Independent pour sa propagande antisémite.

Un procès en diffamation intenté par un avocat de San Francisco et Aaron Sapiro (l’organisateur d’une coopérative de fermes appartenant à des Juifs) en réponse à des propos antisémites, conduit Ford à fermer le Dearborn Independent en décembre 1927.
Les actualités de l’époque le citent comme indiquant qu’il a été choqué par le contenu du journal. Pendant le procès, le rédacteur en chef de la “propre page” de Ford, William Cameron, a déclaré que Ford n’avait rien à voir avec les éditoriaux, même si ils étaient sous sa signature. Cameron a témoigné qu’il n’avait jamais discuté du contenu des pages ou ne les avait envoyé à Ford pour son approbation.

Cependant, dans son livre “The American Axis : Henry Ford, Charles Lindbergh and the Rise of the Third Reich” publié en 2003, le journaliste investigateur canadien, Max Wallace, a fait remarquer que “quelle que soit la crédibilité de cette affirmation, elle a pu avoir été rapidement sapée lorsque James M. Miller , un ancien employé de l’Independent Dearborn, a juré sous serment que Ford lui avait dit qu’il avait l’intention de compromettre Sapiro.”

Michael Barkun, un spécialiste politique, a observé, dans un livre publié en 1994 (Religion and the Racist Right: The Origins of the Christian Identity Movement), que l’idée que Cameron continue de publier ce genre de contenu sans instructions explicites de Ford semblait impensable pour ceux qui connaissaient les deux hommes. Madame Stanley Ruddiman, une intime de la famille Ford, a affirmé : “je ne pense pas que monsieur Cameron n’ait jamais rien écrit sans l’approbation de monsieur Ford.

Le juif international - The International Jew

Le procès a incité la Ligne Anti-Diffamation à entamer un effort commun pour s’opposer à l’Independent. Une coalition de groupes juifs guidée par la LAD a mené la charge et émis des objections contre les écrits de Ford dans la presse de Detroit. La LAD a aussi organisé le boycott des véhicules Ford lequel fut aussi suivi par de nombreux groupes chrétiens. En décembre 1927, Henry Ford n’arrêta pas seulement le tirage du journal, mais écrit une lettre publique au président de la LAD, Sigmund Livingston, abjurant ses opinions anti-sémiques.

Les excuses de Ford de 1927 ont été bien accueillies. “Quatre cinquièmes des centaines de lettres adressées à Ford en 1927 étaient des Juifs, et presque sans exception, ils ont salué l’industriel.” En janvier 1937, un communiqué Ford adressé au Detroit Jewish Chronicle décline “quelconque lien avec la publication en Allemagne d’un livre connu sous le titre de Juif international.”

Distribution non-autorisée du Juif International

La distribution non autorisée du livre “Le Juif international” a été interrompue en 1942 par une action en justice menée par Henry Ford, malgré les complications dues au manque de droits d’auteur. Les groupes extrémistes le remette en circulation régulièrement, et il apparaît encore sur les sites antisémites et néo-nazis.

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